Repérée par Charlie Hebdo, Catherine Meurisse rentre à la rédaction en 2005 tout en intervenant auprès d’autres revues et journaux tels que Marianne, Libération, le magazine XXI ou encore Le nouvel Observateur. Arrivée en retard à la conférence de rédaction de Charlie le 7 janvier 2015, elle échappe à l’attentat perpétré contre le journal. A l’instar de Luz et son album Catharsis, autre rescapé de la tuerie, Catherine est également revenu sur sa situation post traumatique dans son album La légèreté, sorti chez Dargaud en 2016.

Le temps a passé et l’autrice s’est reconstruite. Avec Les Grands Espaces, Catherine Meurisse nous invite à une ballade végétale dans le temps et l’espace, au cœur de sa Charente natale où s’entremêlent ancolies, Pierre Loti, archéologie et madeleines proustiennes de toutes les formes. Un petit coin de paradis en cases et phylactères.

Le pitch

 

Catherine n’est pas encore ado lorsque ses parents décident de fuir la ville pour s’installer à la campagne où les attends une ferme en ruine. Et un terrain plus que conséquent propice au jardinage sous toutes ses formes. Pendant que le bâtiment reprend vie, le sol lui se part des plus beaux atours : agapanthes, rosiers, figuier, etc. Le Nôtre, le jardiner de Louis XIV n’aurait pas fait mieux.

En compagnie de sa sœur Fanny, elles en profitent pour étancher leur soif de savoir. Leur environnement bucolique s’y prête très bien. De la découverte de poteries séculaires en passant par la mise au monde d’un chevreau, c’est tout un monde qui s’offre à elles. Pour Catherine, la vie à la campagne se vit également à travers de très nombreuses lectures : Zola, les récits de l’explorateur Pierre Lotti et bien évidemment Proust sont ainsi mis à l’honneur ou taillés en pièce lorsque cela est nécessaire.

Les années 1980 sont également une décennie de changement dans le paysage agricole. Le remembrement et la disparition des bocages sont passés par là avec leurs lots de conséquences environnementales sociales et géographiques. Qu’importe, le jardin prend forme. A son contact,  Catherine s’éveille non sans commencer à taquiner le crayon plus que de raison. Une vocation qui, sans le savoir, va la poursuivre jusqu’à aujourd’hui…

Ce que l'on peut en dire

Oubliez vos Jardiland et autre Truffaut et aller donc faire un tour dans ces « Grands espaces » si chères à Catherine Meurisse ! Voilà une ode à la nature et à la campagne qui ne manque pas de saveur.

Avec l’humour qu’on lui connaît, l’autrice nous livre un voyage pour les sens, véritable exploration littérale et picturale de la flore. En convoquant ses souvenirs d’enfance, elle dresse le portrait d’une campagne plein de tendresse, de bienveillance et de poésie sans jamais être pompeux.

Sur près de 90 pages, on rit donc beaucoup, les références fleurissent à chaque coin de page ou presque sans que l’on soit face à un déballage de connaissances générales.

La finesse et l’intelligence de l’écriture se doublent d’un dessin tout autant apaisant qu’inspirant et font de ces « Grands Espaces » une invitation à l’écoute et à la découverte de la nature. Un des ouvrages majeurs pour moi en 2018 et que je vous invite à lire, avec ou sans botte, mais avec un sourire sans équivoque.

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La liberté ne se mendie pas, elle se prend.
– Alexandre Jacob